Le multimédia par petites touches – Méthodes et stratégies Ce que j’ai appris en sept ans de journalisme multimédia [5/7]

nouveaux_formats_nicola_becquet_catherine_crehange_multimedia

Catherine Créhange

Ceci est le cinquième post d’une série d’articles visant à partager les principaux enseignements de sept années de journalisme multimédia. Sept ans au service de L’Echo, un « vieux média » dans lequel il fait bon travailler et expérimenter. Après la question du greffon numérique en rédaction, de la gestion d’équipe, de l’éternel débat entre polyvalence et spécialisation, attelons-nous maintenant à la notion de plus-value.

La rédaction de L’Echo a pour spécificité d’avoir un desk web (suivi de l’actu) et un desk multimédia (développement, data, vidéo…). Deux équipes, mais un même objectif: fournir une information sérieuse et la plus claire possible. Sur les supports numériques, la clarté, c’est la capacité à adapter les formats quand l’information l’exige, avec des cartes, des graphiques, des infographies, des timelines, des images dynamiques, etc.

De par la taille de la rédaction (une quarantaine de journalistes) et l’absence de budget dédié à l’approche multimédia, s’est rapidement imposé le principe de « l’enrichissement par petites touches ». A ses débuts, plutôt que de produire des grands formats ou des applications longues et coûteuses, l’équipe se concentrait sur des enrichissements simples et compatibles avec le rythme de l’info continue.

Portfolio_Multimédia_LEcho

Portfolio multimédia de L’Echo – Cliquez sur l’image pour le consulter

Aujourd’hui, les effectifs se sont étoffés et nous sommes en mesure de travailler sur plusieurs temporalités (chaud, tiède, froid) et sur plusieurs types de formats (enrichissements, longforms, applications data, 360°…). Mais la philosophie est restée la même: décoder ou illustrer des actualités complexes, quotidiennement.

Le cercle vertueux du paywall

Depuis 2010, l’accès aux contenus du site de L’Echo est payant. Un état de fait qui a logiquement poussé la rédaction web à honorer un contrat de lecture exigeant et à faire en sorte que les abonnés en aient pour leur argent, pour parler simplement. Une façon également de produire moins, mais mieux. Grâce à cette plus-value, l’internaute est gagnant et le média se démarque de la concurrence.

Je reste d’ailleurs frappé par le mode de production industrielle des entreprises de presse. Chacun des grands titres de presse écrite produit quotidiennement plusieurs centaines de contenus. Je serais curieux de connaître le taux d’exposition et de lecture réel de tous ces articles. Je m’interroge aussi sur la logique et l’efficacité d’un tel fonctionnement.

Ne sommes-nous pas devant une gigantesque pêche aux filets dérivants? Une incroyable fuite en avant ayant pour but d’occuper le plus de terrain possible?

Mais, ça coûte horriblement cher, le multimédia, non?!

Si les enrichissements multimédia ont un coût, il se chiffre en heures, pas en euros. Il faut effectivement du temps pour se former, rester à jour et faire une veille efficace. Une charge facilement « lissable » dans le planning quotidien et des gains de productivité rapides au bénéfice du flux quotidien de production.

Quid des outils ? Dire qu’ils coûtent cher reviendrait à faire preuve de mauvaise foi. La majorité des solutions est gratuite ou revient à quelques centaines d’euros par an. Bref, rien d’insurmontable pour une rédaction qui fait tourner des rotatives !

Charleroi 360 - L'Echo - Multimédia

Premier récit à 360° – Septembre 2016

Pourtant, peu de rédactions se saisissent de ces opportunités qui permettent pourtant de se démarquer facilement en proposant une information « augmentée », grâce à une plus-value produite à faible coût.

La réalisation de formats à 360° par L’Echo en est un parfait exemple: un iPhone, une app gratuite et un enregistreur à moins de cent euros. Je ne parle même pas des opportunités offertes par le journalisme mobile (« mojo », pour les intimes) pour la production vidéo.

L’indispensable boîte à outils

A la fougue et aux tests tous azimut des débuts succède rapidement le temps du tri, du partage et  de la sédimentation. Dénicher des outils n’est pas la tâche la plus compliquée, trouver du temps pour les maîtriser est un peu plus difficile. Mais le véritable challenge, c’est la « sédimentation » des usages.

Favoriser l’adoption durable d’outils par un nombre critique de journalistes est un vrai défi. Certains d’entre eux sont adoptés instantanément, d’autres jamais. Problème d’ergonomie, mauvaise communication ou simple manque de temps, les causes sont multiples.

Qui doit maîtriser quel outil, avec quel degré de compétence et d’exigence? Des questions auxquelles il faut tenter de répondre pour éviter de saturer les journalistes. Et la frontière est ténue! Par ailleurs, l’élan positif de la découverte se heurte rapidement aux tâches prioritaires à accomplir. Or, inciter les journalistes à utiliser de nouveaux outils, c’est accepter qu’ils prennent le temps nécessaire et donc qu’ils produisent un peu moins, pour une durée limitée.

Pour favoriser ce travail d’enrichissement, une courte sélection d’outils permet de pouvoir piocher dans des formats définis et de les réaliser rapidement.

Comme au journal Le Temps, L’Echo développe depuis quelques années des outils à usage interne pour la réalisation de cartes, de graphiques, de « cards » pour Twitter ou des templates de long format ou de live, prêts à l’emploi.

Le tout forme une boîte à outils complétée par un portfolio mi-public mi-privé qui permet, grâce à des mots-clés, de retrouver rapidement une carte, une timeline ou un graphique lors d’une actualité spécifique. Le réemploi et la modification des contenus multimédias existants permettent, eux, de gagner en efficacité et en productivité.

La boîte à outils, en bref:

  • une sélection resserrée d’outils d’édition multimédia (cartes, timeline etc.) ;
  • une bibliothèque de formats et de templates réutilisables facilement ;
  • un portfolio qui permet de rechercher rapidement les productions passées.

Méthode : apporter une plus-value quotidienne et variée, par petites touches, avec des outils pour la plupart gratuits et/ou en open source.

Résultats visés :

  • Une réappropriation de la logique de flux vers une production de contenus à plus-value.
  • Honorer un contrat de lecture ambitieux avec l’internaute.

 

Découvrir la suite de la série

LE BONUS

Publier un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *