Lettre à un journaliste de guerre. Hommage à Gilles #Jacquier #journalisme

Lettre à un journaliste de guerre. Hommage à Gilles Jacquier

Gilles Jacquier

Photo: Paris-Match

Cher Gilles,

On ne se connaît pas. Pourtant, ta disparition m’affecte comme celle d’un proche.

On ne se connaît pas. Pourtant, tu fais partie de mon quotidien.

On ne se connaît pas et pourtant, tu m’as fait découvrir des réalités insoupçonnées au point que certaines images de tes reportages sont gravées dans ma mémoire. Somalie, Côte d’Ivoire, Tunisie… Grâce à toi, j’ai pris conscience de la banalité de la violence dans les zones de conflits et j’ai brièvement fait connaissance avec des individus engagés dans une lutte acharnée pour la survie.

Proximité et distance, curiosité et aveuglement, empathie et rejet, tes reportages ont suscité en moi des sentiments et des émotions contradictoires, des chocs et des prises de conscience.

Aujourd’hui, je te rends modestement hommage pour la force, la richesse des informations et des images que tu as arrachées à une réalité indomptable et fuyante. Ta volonté de comprendre, de témoigner et de rencontrer est la plus belle illustration de l’ADN du journaliste telle que je me la représente.

Sans idolâtrie déplacée, j’admire l’abnégation des journalistes qui consacrent leur existence au sacerdoce d’un métier sans répis. J’ai de la fascination pour le courage de ceux qui sont engagés dans la guerre de l’information et qui, comme toi, en perdent la vie. Pourtant, la mort ne saurait être une fin acceptable et normale à une telle vocation. C’est pourquoi, je tressaille lorsque j’entends la réflexion suivante : « c’est lui qui avait décidé d’aller là-bas, alors… ». Et je boue lorsque j’entends ce type de propos dans la bouche de confrères journalistes, qui comme moi, travaillent bien au chaud, assis derrière leur ordinateur.

Il n’est pas question de dresser un podium des journalistes les plus méritants car chaque « métier du journalisme » a sa raison d’être. Mais à l’heure où l’on perd de plus en plus de vue le terrain et que sur le web, l’information de première main recueillie sur le terrain devient une denrée rare, alors oui, j’ai envie d’appeler à un peu d’humilité les journalistes champions des réseaux sociaux et drogués aux « Likes », aux « followers » et au « Klout ». Heureusement, l’actualité fait régulièrement redescendre sur terre un monde virtuel de plus en plus gonflé par un ego mal placé, dont tu es le parfait contre-exemple.

Tes reportages sont pour moi des modèles de persévérance et d’exigence journalistique.

Ta mort, elle, est à la fois un appel à l’humilité, une mise en garde.

Et d’une infinie tristesse.

Merci

 

Lettre à un journaliste de guerre. Hommage à Gilles #Jacquier #journalisme

Pour aller plus loin:

Interview de Gilles Jacquier: sa vision du métier de Journaliste reporter d’images.

Portrait de Gilles Jacquier. (Article lié).

Nicolas Becquet

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