Médias et rédactions, vers une organisation en réorganisation permanente Ce que j'ai appris en sept années de journalisme multimédia [3/7]

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Catherine Créhange

Bienvenue dans le troisième post d’une série d’articles visant à partager les principaux enseignements de sept années de journalisme multimédia. Sept ans au service de L’Echo, un « vieux média » dans lequel il fait bon travailler et expérimenter. Après la question du greffon numérique en rédaction, place aux enjeux de la gestion d’équipe.

Il est probable que ma génération (30-40) ait une conscience exacerbée de la fragilité des modèles et des organisations en place. Un trait particulièrement saillant chez les personnes qui ont investi le domaine du numérique.

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C’est manifestement mon cas. J’ai toujours ressenti une forme d’urgence et un besoin constant de participer, d’une manière ou d’une autre, au renouvellement des pratiques journalistiques. Pas une fois pour toutes, mais aussi souvent que possible. Qu’il s’agisse de redonner du sens aux tâches quotidiennes, de rapprocher l’offre des usages réels ou de faire tomber les murs qui empêchent de collaborer efficacement.

Ça crève les yeux : les choses ont changé, les modèles sont dépassés et il est grand temps de s’adapter.

Une conviction qui, comme l’exigence d’une collaboration transversale au sein des rédactions, est évidemment peu compatible avec les organisations telles qu’elles existent aujourd’hui dans la plupart des médias.

Le défi de l’agilité collective

Faire une croix sur une organisation verticale traditionnelle au sein d’une équipe, c’est accepter de tâtonner avant de trouver le bon équilibre, en ajustant en permanence les curseurs. C’est aussi accepter de se planter et de questionner son propre fonctionnement.

Dans une équipe aux profils variés, chacun à des exigences, des besoins, des savoir-faire et des talents différents. Des différences qu’il serait absurde de nier. Pourtant, il faut avancer dans la même direction. D’où l’importance de définir un objectif commun, dont la réalisation passe par…

  1. un management horizontal où chacun est valorisé dans sa compétence et sa singularité;
  2. un dialogue ouvert;
  3. une équipe fédérée autour de valeurs communes;
  4. une entraide et une routine collective qui servent de tremplin aux projets;
  5. une lutte de tous les instants contre l’encroûtement de sa propre organisation.

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Sur cette base, il est possible de travailler l’agilité de l’équipe. J’entends par agilité la capacité à rester en mouvement, à être attentif à l’évolution des usages et à cultiver l’autocritique afin d’être capable de faire évoluer ses méthodes et ses outils de travail en fonction du contexte.

Le plus important, c’est le mouvement induit, ce mouvement qui permet d’anticiper ou, du moins, de ne pas subir de plein fouet les chaos de la mutation numérique.

Une démarche cependant vouée à l’échec sans l’instauration d’une routine minimale qui permet la sédimentation d’usages et d’outils. Seule une base stable permet de créer la sécurité nécessaire à l’émergence de l’agilité et de la créativité.

Il est possible de travailler son agilité en…

  • utilisant un nombre limité d’outils que l’on maîtrise parfaitement;
  • en questionnant régulièrement l’organisation;
  • en menant une veille active;
  • en combattant les automatismes par des phases d’expérimentations courtes et débriefées;
  • en organisant des débriefings permanents, constructifs et exigeants;
  • et en prenant régulièrement en charge les tâches de ses collègues.

Autant de pratiques et de méthodes de management qui perturbent les tenants du statut quo et qui bousculent l’organisation d’une rédaction print mue par l’inertie d’une production hyper codifiée. En effet, les dynamiques à l’œuvre sont divergentes: course de fond et sprint quotidien pour le papier d’un côté et décathlon journalier pour le numérique de l’autre.

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Pourtant, la convergence est inéluctable et c’est en profondeur qu’il faut repenser le fonctionnement des rédactions comme l’expliquait le PDG du New York Times, Mark Thompson, ex patron de la BBC, lors d’une conférence à Austin en 2016:

« Nous ne connaîtrons jamais le moment où nous pourrons dire: pff… le numérique ce fut dur, mais désormais, c’est du passé! ».

La suite de la série

  1. Ce que j’ai appris en sept ans de journalisme multimédia
  2. Le mystère du greffon numérique en rédaction
  3. Medias et rédactions, vers une organisation en réorganisation permanente
  4. De la nécessaire polyvalence à l’indispensable spécialisation des journalistes
  5. Le multimédia par petites touches, méthodes et stratégies
  6. Ode aux journalistes passionnés, partageurs et bidouilleurs
  7. Le graal de l’éditorial et le risque de la marque blanche

BONUS

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