Digitale et radicale, La Presse+ bouscule la presse numérique

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    Des formats publicitaires interactifs et innovants

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    Mise en valeur des vidéos et des images

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    Une mise en page aérée et des jeux

La Presse+, page d'accueil

Quel journaliste web ou reporter multimédia n’a jamais rêvé de partir d’une feuille blanche digitale? D’une page blanche prête à accueillir une écriture où chacun des médias serait présent pour souligner et enrichir l’info, une feuille blanche qui justifierait enfin le terme de « storytelling multimédia »? Partir d’un « template » qui permettrait d’agencer vidéo, photo, son ou infographie selon les exigences du sujet traité?

Cette réalité, je la croyais réservée aux journalistes de The Verge ou du New York Times qui réalisent les « long forms » en scroll… Et bien, nos confrères québécois nous montrent que l’écriture multimédia est tout à fait généralisable, allant même jusqu’à l’imposer à un rythme quotidien. Depuis, le mois d’avril dernier, le quotidien La Presse travaille désormais en « digital first » grâce à une édition numérique taillée sur mesure pour accueillir des formats flexibles de mise en page. Cerise sur le gâteau La Presse+ est consultable gratuitement (mode d’emploi à la fin de cet article). Le journal papier, lui, est repoussé en bout de chaîne et sa disparition est programmée.

L’objectif n’était pas de transférer le journal papier sur un nouveau support, mais d’inventer un nouveau média qui combinera le meilleur de l’écrit, le meilleur du Web et le meilleur de la vidéo, explique à La Croix Guy Crevier, président et éditeur de La Presse.

Au-delà du défi journalistique que ce virage représente, il est frappant de constater qu’il existe des patrons de presse qui ne tergiversent plus, qui, au lieu de se lamenter, prennent les devants avec des décisions radicales, évitant ainsi des compromis souvent annihilants et insatisfaisants.

La Presse+, un quadruple défi

  1. Passer d’une organisation « print » à une newsroom digitalisée en très peu de temps, après une phase de maturation de trois ans.
  2. Se confronter à nouveau modèle économique en réinventant le « pacte publicitaire » avec des annonces multimédias chères, mais natives au support digital (26 modules d’interactivité).
  3. Forcer les usages et les nouveaux modes de consommation de l’info.
  4. Programmer la mort de la version papier.

Un renversement de vapeur risqué dans un contexte où il faut de toute façon se réinventer. Un projet risqué, mais soutenu par de premiers indicateurs encourageants (lire l’étude):

Nous avons dépassé toutes nos espérances , explique Mario Girard, le directeur de l’information.

Contexte et chiffres

  • Fondée en 1884, La Presse est le plus vieux quotidien français en Amérique du Nord. Tirage de 200.000 exemplaires par semaine et 265.000 chaque week-end sur un lectorat potentiel de sept millions de francophones.
  • 300.000 téléchargements en 6 mois.
  • Temps de consultation de l’application: 35 minutes en semaine et 70 minutes le week-end. Chiffres revendiqués par Guy Crevier, le patron du groupe.
  • Un investissement de 28,5 millions € (40 millions de dollars canadiens) par le groupe de presse Gesca.
  • Une économie programmée de 90 millions de dollars canadiens chaque année sur l‘impression et la distribution.
  • Une équipe vidéo de 35 personnes intégrées dans une newsroom 3.0. augmentée d’une centaine de nouveaux engagés.
  • Site: 850.000 visites par semaine, 2,5 millions de visiteurs uniques par mois et 100 millions de pages vues. Le site de La Presse est l’un des plus consultés au Canada.

Pour aller plus loin concernant la stratégie, lire cet article sur le blog Fagstein.com, celui d’Eric Scherer sur Meta-Media et celui de La Croix.

Et les journalistes dans tout ça?

Cette révélation, parce que c’en est une, a été apportée d’outre-Atlantique par Judith Lachapelle, journaliste au quotidien montréalais La Presse et « bédéreporter à ses heures ». Pleine d’enthousiasme, elle nous a raconté cette expérience lors de la Conférence nationale des métiers du journalisme (CNMJ), organisée par Jean-Marie Charon, à Paris en octobre.

Judith Lachapelle est-elle la seule à adhérer au projet? Est-elle l’égérie venue en France pour vanter un projet de patron de presse, un modèle-vitrine? Eh bien non. Les journalistes interrogés par le site ProjetJ.ca sont sur la même longueur d’onde. Extraits:

Lorsque je suis sur le terrain, je dois penser comment je vais raconter mon histoire, explique Katia Gagnon. Il y a des dizaines de possibilités! Je dois me demander ce que je fais en vidéo, ce que j’écris, est-ce que je privilégie la photo avec une série de vignettes légendées, est-ce que j’utilise des graphiques, des cartes interactives, etc. C’est très excitant parce que c’est nouveau et que le rendu iPad est très beau aussi.

Sur le site, nous produisions de la nouvelle brute, raconte Tristan Péloquin, vidéoreporter. Il fallait être dans l’instant, entrer en ligne trente à quarante minutes après l’événement. Avec l’iPad, l’approche change complètement. Nous fabriquons l’édition du lendemain. Nous avons plus de temps pour aller plus loin et approfondir le sujet.»

Storytelling multimédia, approfondissement des sujets, réflexion sur le reportage avant de partir sur le terrain, collaborations avec des infographistes ou des vidéoreporters… je vous laisse sur ces paroles qui, l’espace d’un post, auront dispersé la grisaille et le marasme journalistique du Vieux continent.

Nicolas Becquet

BONUS

« Le web transforme le journalisme », interview des intervenants du CNMJ.

La Presse+, mode d’emploi

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