Kit reporter et journalisme mobile, exemple d’une vision 360°

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    Alain Lorfèvre - La Libre Belgique

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  • Description du Kit iReporter - Paris Match

    Kit iReporter - Paris Match

  • Kit iReporter - Paris Match

    Kit iReporter - Paris Match

  • Kit iReporter - Paris Match

    Kit iReporter - Paris Match

Tomorrow reporter

Il y a un an et demi, j’assemblais et testais le kit iReporter, piochant à droite et à gauche des applications, des accessoires et des gadgets existants. Au fur et à mesure, je découvrais les possibilités et les vertus du journalisme mobile. Je commençais aussi à les partager lors de formations, sous forme d’ateliers. À chaque fois, le même enthousiasme de la part des journalistes, satisfaits de pouvoir enrichir l’info, leur contenu et leur travail.

La philosophie du kit, c’est un regard à 360° sur l’info, depuis le terrain, en profitant de la puissance des outils du web et des réseaux sociaux. [Lire: Le journalisme mobile en 5 questions]

Depuis quelques mois, des kits fleurissent un peu partout, je reçois des emails me demandant des conseils sur le matériel, les applications, les méthodes de travail… notamment de la part de journalistes indépendants ou de pigistes qui tentent de renouveler leurs pratiques pour tirer leur épingle du jeu dans un contexte économique très difficile.

Les partisans du journalisme mobile

Sous l’impulsion d’Estelle Prusker, Sciences Com à Nantes s’est massivement équipée à l’occasion d’un atelier intitulé “vidéo pour le web” (Productions consultables ici). Idem à Metz, où Nathalie Pignard Cheynel prévoit chaque année un atelier MoJo, sur deux jours, pour ces étudiants de Master en Journalisme numérique (Les travaux réalisés en novembre 2015).   Damien Van Achter a aussitôt “hacké” l’outil pour faire du “multicam” et pour donner cours à ses étudiants. Xavier Flament, collègue furtif et prolifique, capture désormais tout ce qui bouge… Et bien d’autres encore, dont Alain Lorfèvre, journaliste ciné à La Libre Belgique , dont vous allez lire l’interview dans quelques lignes.

Au-delà de l’aspect technique, n’étant ni geek, ni professionnel de l’audiovisuel, l’intérêt du kit réside dans la méthode de travail qui l’accompagne avec cette approche combinée “web + terrain”.

Apprentissage du live, des réseaux sociaux, agilité technique, enrichissements croisés, il s’agit d’un très bon point de départ pour “s’y mettre” et pour comprendre la “culture numérique”. Et c’est évidemment idéal pour le travail en mobilité: un outil léger et polyvalent facilitant la prise de notes, l’enregistrement audio et vidéo, le montage, la mise en ligne et la publication.

Lors d’une présentation à Paris Match, j’ai eu la surprise de constater que la rédaction s’était dotée d’un kit prototype. J’avoue que l’idée qu’un grand média s’empare de l’outil a été une source de satisfaction, d’autant qu’il s’inscrit dans une logique dans laquelle le journalisme mobile est le premier maillon d’une refonte de l’organisation et du “workflow” qui va du web au print, en passant par le terrain. Cerise sur gâteau, les journalistes présents furent majoritairement séduits par le “potentiel de l’affaire”, comme dirait Cédric Motte.

Alain Lorfèvre, un journaliste à la pointe de l’expérimentation

Alain Lorfèvre - La Libre BelgiqueJ’ai rencontré Alain Lorfèvre, journaliste à La Libre Belgique, lors d’une de mes premières formations intitulées “Usages journalistiques de la tablette et du smartphone” à l’AJP. Il ne lui aura pas fallu longtemps pour s’équiper et pousser le concept jusqu’au bout. Depuis un an, il ne part plus en reportage sans sont kit devenant à lui tout seul un studio hollywoodien et lui valant cette remarque de son rédacteur en chef: “tu me fournis trop de contenu!”.

À l’occasion du Festival de Cannes, il a mis en place un dispositif de couverture 360 degrés avec production et publication de contenus en mobilité. Retour d’expérience:

Pourquoi avez-vous décidé d’utiliser le kit iReporter?

Après quelques tests, j’ai pris conscience que cela me permettait d’enrichir réellement mes contenus. Dans la mesure où je couvre essentiellement des sujets culturels, et plus particulièrement le cinéma, permettre à nos lecteurs de voir les œuvres et les artistes est une évidence qui s’impose. Par ailleurs, je souhaitais expérimenter de nouvelles formes de production. La dimension économique est importante aussi : j’étais lassé d’attendre que la situation évolue au sein de mon média. Le kit ne représente pas fondamentalement un investissement disproportionné. Et je reste maître de l’outil, ce qui satisfait ma nature de journaliste de presse écrite, attaché à son autonomie.

Quels usages en faites-vous?

Je réalise désormais tous mes entretiens avec Audionote et un micro iRig. Tout en menant l’entretien, je prends des notes, parfois succinctes, parfois détaillées dans Audionote. Grâce aux repères temporels, je gagne un temps considérable lorsque je dois retranscrire un entretien (ou en fournir un extrait rapidement pour le site du journal). Si mes interlocuteurs sont d’accord, je filme également, parfois une courte séquence, parfois l’entièreté de l’entretien.

Mon iPad est aussi mon carnet de notes permanent grâce à Evernote. Je peux écrire à tout moment, selon l’inspiration ou le temps disponible. Et consacrer le temps gagné à d’autres tâches ou… aux loisirs. Un exemple : dans un festival comme Cannes, on enchaîne souvent les visions de presse, avec la nécessité de faire la file parfois pendant une demi-heure pour être certain d’avoir une (bonne) place. Cette année, il m’est souvent arrivé d’écrire le brouillon d’un article lors de ces périodes d’attente. Un sacré gain de productivité!

J’ai même monté une séquence vidéo dans ces conditions. Pour la première fois, je suis revenu de Cannes avec au minimum un brouillon rédigé pour tous les films que j’ai vus et trente pour cent de mes entretiens retranscrits ou pré écrits. C’est aussi du temps de gagner pour le restant de l’année.

NDLR : Alain Lorfèvre a également publié quotidiennement des articles sur la plateforme Readymag.com utilisé comme un webzine:

Readymag

Plateforme Readymag.com

Vous avez un exemple?

J’ai testé sur Storehouse un format de storytelling avec des contenus réalisés à Cannes lors de la journée de présentation du film Alleluia du réalisateur belge Fabrice du Welz. Cela donne une idée de la qualité et de l’apport de la tablette. C’est d’ailleurs compilé directement depuis ma tablette sur Storehouse. Et voici une petite photo où l’on m’aperçoit lors d’un i-entretien avec la comédienne Lola Dueñas :

Alain Lorfevre Cannes 2014

Quels sont les points forts du kit?

Maniabilité et portabilité. Je n’ai plus de carnet de notes, de dossiers de presse papier (en PDF sur mon iPad), d’agenda papier, d’enregistreur… Tout tient dans mon iPad. Évidemment, je n’ai pas intérêt à le perdre. Encore que, au pire, grâce aux Clouds, j’ai des sauvegardes de tout. Et gain de temps, donc.

Il y a souvent un a priori négatif concernant la qualité des vidéos et des sons capturés…

Avec de bonnes applis et un bon micro, ça tient la distance pour une diffusion sur un support numérique. Évidemment, je ne garantirais pas la qualité sur l’écran d’une télé HD, écran large. Mais avec un minimum de pratique, de vigilance (bien cadrer, faire sa mise au point, faire une boucle avec le câble du micro) et de bon sens (ne pas filmer à contre-jour, placer son interlocuteur dos à un mur ou à un paravent quand c’est possible, utiliser un pied) on parvient à une qualité réellement professionnelle. J’ai réalisé à Cannes un entretien dans un lieu extrêmement bruyant, avec une pluie torrentielle sur une verrière juste au-dessus de moi. J’entendais à peine mon interlocutrice. Sur l’enregistrement, par contre, le son est nickel.

“À Cannes, je crois avoir converti quelques confrères en leur montrant le résultat ou l’ergonomie de certaines applications. Le souci peut être une confusion des genres, surtout dans le contexte très contrôlé du cinéma par exemple : suis-je journaliste presse écrite, radio, télé ?”

Un appareil ou une caméra pro, c’est mieux? Non?

Bien sûr. J’ai vu à Cannes le dernier documentaire du grand cinéaste Frederik Wiseman (sans doute une des personnes à l’origine de ma vocation au demeurant). Tout talent mis à part, je ne pourrai pas parvenir à une telle qualité avec le kit iReporter. Le gros problème demeure l’optique: le jour où on disposera de lentilles de qualité, on arrivera à des résultats étonnants, je pense. Moi-même j’ai été surpris par certaines images que pu filmer récemment, dans des conditions d’éclairage minimales. J’ai obtenu des couleurs chaudes et cosy. Et puis, il y a la mémoire. Filmer et enregistrer en HD, ça “bouffe” des gigas. Et l’iPad ne permet pas encore l’export vers un disque dur externe lorsqu’on est sur le terrain. Quant au transfert par Cloud, cela prend du temps et exige d’avoir un bon réseau à proximité. Ce fut, à Cannes, mon seul vrai souci certains jours : exporter mes contenus en cours de journée afin de pouvoir en enregistrer d’autres.

Quelle est la réaction de vos interlocuteurs?

Étonnée le plus souvent. L’iPad mini, dans sa coque et sur son pied, avec le micro, cela surprend. Certains ne croient pas à la qualité. Je crois avoir converti là-bas quelques confrères en leur montrant le résultat ou l’ergonomie de certaines applications. Quelques-uns ont tout de suite téléchargé Audionote. Le souci peut être une confusion des genres, surtout dans le contexte très contrôlé du cinéma par exemple : suis-je journaliste presse écrite, radio, télé ? Le rapport à l’image et au “dire” n’est pas le même. La spontanéité non plus. Mais c’est toujours moins intimidant un petit iPad avec un seul journaliste qu’une équipe télé.

Des conseils pour ceux qui seraient tentés ?

Commencez par acheter une tablette. Si vous visez l’image vidéo, optez pour la capacité de mémoire maximum (on n’en a jamais assez). Apprivoisez là et profitez d’une formation à l’AJP, par exemple, pour les rudiments. Consultez les collègues qui pratiquent déjà. Et allez-y progressivement. Testez bien avant de vous lancer dans le premier sujet. Tout le monde n’a sans doute pas une envie et une capacité à “faire de l’image”, par exemple. C’est aussi une question de feeling. Mais je crois que chacun peut trouver des outils qui lui conviennent et qui l’aideront dans son travail ou lui simplifieront la vie. Et les idées viendront progressivement.

Vous utilisez ce kit ou un dispositif similaire? Expliquez-nous comment et pourquoi dans les commentaires! Merci.

Pour aller plus loin:

Nicolas Becquet

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