5 exemples de stratégie « mobile first » en rédaction

cover-mobile-firstOn en parle beaucoup, mais dans les rédactions la stratégie « mobile first » reste une question technique. Éditorialement, très peu de contenus sont conçus spécifiquement pour le mobile ou avec un appareil mobile. Pourtant, si l’on combine cette double approche avec la puissance de diffusion des réseaux sociaux, on obtient un cocktail explosif très efficace pour atteindre des mobinautes toujours plus nombreux. [Le journalisme mobile en 5 questions]

Vidéos verticales, Periscope, Snapchat, Whatsapp, video blogging…, voici 5 retours d’expérience racontés par les journalistes qui les ont mis en place.


La vidéo verticale, en mode pro, pour et avec le mobile

La rédaction de France 3 Auvergne s’est rapproprié le très populaire format vertical, en ajoutant la touche de professionnalisme qui manque à ce type de vidéo. Une démarche complète qui embrasse les questions d’audience et d’angle, avec une réflexion sur le processus de production. Cerise sur le gâteau, les séquences ont été tournées avec un iPhone.

Interview de Stéphane Moccozet – Reporter, Journaliste @F3Auvergne, responsable d’Édition Web.

Pourquoi avez-vous décidé d’expérimenter avec la vidéo verticale?

À l’occasion du Festival du Court-Métrage de Clermont-Ferrand, au début du mois de février, s’est posée la question de la couverture web de l’événement. Nous adressant à un public qui se trouverait dans les files d’attente, dans les cafés, connectés au web via un mobile et non un ordinateur, le mode portrait nous paraissait idéal puisqu’il se calque sur l’ergonomie naturelle d’un smartphone.

Au sein de la rédaction de France 3 Auvergne, plusieurs journalistes ont participé au workshop Mojo (Mobile Journalism) organisé par l’université France Télévisions, et nous nous sommes équipés avec le matériel requis (iPhone 6, iPad, micro HF, etc.).

Constatant par ailleurs que la fréquentation mobile de notre site internet régional a plus que doublé en un an, que l’internaute est en demande de contenus vidéos et, enfin, que nous allons d’abord intéresser les festivaliers, l’idée de proposer un journal vertical était née. Nous avons produit 5 numéros.

Comment avez-vous produit ces vidéos?

Deux journalistes ont réalisé les reportages, les plateaux, exclusivement tournés avec un iPhone (l’application utilisée était Movie Pro, préférée à Filmic Pro, car elle prend en charge le mode vertical), le tout monté et assemblé avec iMovie.

D’une durée de 3 à 4 minutes, il contenait des séquences variées (portraits, expos, critiques).  Aucun commentaire des journalistes n’a été enregistré en postproduction, il s’agissait uniquement de plateaux illustrés, une méthode qui permet de gagner du temps et de rendre le contenu plus vivant.

Le tournage vertical impose bien évidemment de revoir en profondeur les règles de cadrage. Après le 4/3, le 16/9, les journalistes télé découvrent un nouveau monde: le 9/16! S’il est un peu déroutant, ce format permet de raconter des histoires sous une forme nouvelle qui ne manque pas d’intérêt. Les plateaux et interviews sont tournés plein cadre, ce qui amène une vraie proximité avec l’internaute, par exemple.


Le journalisme mobile, en toute liberté

Nouveaux outils + nouveaux supports = nouveaux formats? En théorie, oui, mais dans la réalité, on se contente trop souvent de reproduire des formats existants du type broadcast, comme le reportage télé d’une minute trente. Mais Raphaël Poughon, lui, a décidé d’explorer les possibilités offertes par la mobilité. Le résultat? Une approche rock n’roll et rafraîchissante du reportage.

Interview de Raphaël Poughon, développeur éditorial au Lab Centre France.

Pour avoir choisi le Vlog (vidéoblog) pour couvrir les Assises du journalisme?

Je suis parti aux Assises 2016 pour découvrir de nouvelles idées, grâce à de nouvelles rencontres, qui font de nouvelles expériences, produisent des nouveaux formats et imaginent des nouveaux modèles. Bref, qui innovent dans les médias.

Adepte du Live-tweet, j’avais envie d’explorer un format de « compte-rendu » différent dans la forme et dans l’approche, pour ne pas être redondant avec tous les retours que ne manqueraient pas de produire mes confrères. Et pourquoi pas en mode Vlog?

C’est au hasard de mes pérégrinations youtubesques, notamment du côté de chez Casey Neistat, recommandé par l’ami @romainsaillet, que m’est venue l’idée d’adopter ce mode « face caméra », tournée à bout de bras, favorisant la spontanéité, la souplesse au tournage, la décontraction dans l’interview, et permettant de mettre en scène des « à côté » qui donnent à voir autrement l’événement couvert: en l’occurence, j’ai pu montrer rapidement que les Assises se passent aussi (beaucoup) entre les conférences, dans les couloirs… ou au bar!

Un storytelling beaucoup moins conventionnel que les formats audiovisuels classiques, et – je pense – d’autant plus engageant pour le vidéonaute.

Quels enseignements en avez-vous tirés?

D’abord, j’ai pris beaucoup de plaisir à tourner de cette manière! J’aime le côté « bricolage » de la production, cette nécessité de s’adapter avec souplesse aux contraintes (outils, contexte, décor, son…), qui force à se réinventer et à se concentrer sur ce qu’on veut mettre en avant, à savoir ici la spontanéité des échanges.

Une des séquences a d’ailleurs été tournée en accrochant mon Gorillapod sur la bretelle de mon sac à dos, avec ma tête en amorce : je tournais à l’aveugle, puis voyait ce que ça donnait après, c’était folklorique, ça m’a même valu d’être gentiment moqué par Marie-Laure Augry, ancienne présentatrice du JT, sur le mode « attention, vous avez un truc sur l’épaule! » Un bon moyen de provoquer des rencontres.

Ensuite, sur la production, même si on tourne léger, il y a quand même un matériel de base sans lequel le tournage aurait été impossible: un micro supplémentaire à celui du smartphone (ici micro-cravate, que je tenais à bout de main pour les interviews… ça passe !), un trépied (ici un Gorillapod), utile pour poser le smartphone dans toutes les positions (j’ai fait un Periscope de 45 minutes, le smartphone accroché sur une cloison verticale lisse, c’était chaud…).

Pour tout cela, je me suis directement inspiré du très complet Kit du reporter mobile. Et il ne faut pas négliger le temps de montage, qui même s’il semble simple, demande une attention particulière, notamment dans le choix des séquences et leur enchaînement. Un montage – réalisé lui sur ordinateur – qu’il faut avoir anticipé d’ailleurs, en amont du tournage: il faut prévoir des séquences d’introduction, de transition, de fin, de la même manière que lorsqu’on bâtit une histoire!

 Avez-vous reçu des réactions des internautes?

Beaucoup de vidéonautes ont été interpellés par le format, ce qui m’a valu d’engager la conversation sur les réseaux et d’échanger  sur d’autres expériences de confrères.

Et au final, si je retenais une seule chose, ce serait justement l’intérêt de la démarche: aller chercher de nouveaux modes narratifs dans d’autres sphères que celle du journalisme, adapter des codes de storytelling qui ne sont habituellement pas les nôtres, et qui justement nourrissent  l’engagement des audiences. Autrement dit, puiser l’inspiration aux sources nouvelles : c’est TOUJOURS enrichissant!


Snapchat, en attendant Discover

Méta-media.fr, le blog de référence hébergé par France Télévisions fait partie des précurseurs sur Snapchat. Pour l’instant, Discover, l’espace dédié aux éditeurs est réservé à quelques médias américains, alors les expérimentations se font via les stories et les snaps.

Interview de Barbara Chazelle – Direction de la Stratégie – Responsable de Projets chez France Télévisions

Pourquoi avoir lancé un compte Snapchat?

Méta-Media, la partie visible des activités de la Direction de la Prospective de France Télévisions, a aussi pour vocation d’expérimenter de nouveaux outils et d’en tirer de bonnes pratiques. Nous avons lancé un compte Snapchat pour comprendre ce qu’il était possible de faire avec les « stories », mais aussi comment émerger sur cette plateforme particulièrement opaque.

Quels en sont les premiers enseignements?

Une chose dont on n’a pas forcément conscience lorsque l’on prend en main Snapchat, c’est que l’application n’est pas faite pour un usage industriel. Poster un snap relève de l’artisanat et l’application est encore relativement fébrile.

  • Il faut une bonne connexion, faute de perdre le snap que vous vous prépariez à mettre en ligne.
  • Solide forfait data exigé.
  • Pas de gestion multicomptes, ce qui vous oblige à établir un planning de prise de parole si vous êtes plusieurs à créer des stories…

Quels sont les principaux défis pour une utilisation professionnelle de Snapchat?

meta-media - SnapchatOutre les petites difficultés techniques, il faut d’abord trouver le bon ton, celui qui va parler aux jeunes qui utilisent massivement la plateforme, et non pas uniquement aux quelques pros qui vous suivaient déjà sur Twitter. Il faut réussir à raconter une histoire en quelques séquences de 10 secondes, être à la fois sérieux et détendu, reprendre les codes de la plateforme… Il faut essayer de ne pas uniquement repackager le contenu déjà produit par ailleurs, mais créer des histoires originales, authentiques (pas besoin que ce soit parfait) et incarnées pour générer de la confiance.

Le second, c’est le recrutement. Plus que nulle part ailleurs, il est compliqué de trouver les vrais utilisateurs de Snapchat, les 13-25, car la plupart du temps, ces derniers ne vous suivent pas sur les autres réseaux sociaux. C’est donc à vous d’aller les chercher, un snapcode à la fois.

Mais s’ils commencent à vous suivre, les snapchatteurs sont extrêmement fidèles et engagés, beaucoup d’entre eux nous suivent quotidiennement, sur l’intégralité de nos stories, participent aux sondages et nous envoient des retours enthousiastes en messages privés.

Méta-media sur Snapchat: metamedia


NewsMonkey, le pari de Snapchat et Whatsapp

NewsMonkey est un nouveau pure-player belge, à destination de la génération Y. Il propose un mix intéressant entre infotainment et des clés pour comprendre l’actu «sérieuse». Snapchat et Whatsapp se sont imposés comme une évidence pour atteindre les plus jeunes.

Whatsapp - NewMonkey

Interview de Sybille Greindl – Rédactrice en chef de newsmonkey.be.

Pourquoi avoir choisi de vous adresser à votre audience via Whatsapp et Snapchat?

La présence sur mobile est une évidence pour notre public, celui de la génération Y, et donc pour nous. Whatsapp est une manière efficace de donner des updates et des breaking news à une audience qui se connecte via son téléphone, c’est la simplicité même.

Snapchat offre une manière privilégiée et imagée/colorée de partager l’information, mais aussi la vie d’une rédaction, les événements auxquels nous nous rendons. Sur ce réseau, l’image est primordiale, elle doit être parlante.

Quels enseignements en tirez-vous?

Whatsapp et Snapchat sont des supports intéressants pour créer un dialogue, une interaction avec l’audience. Ils vont de pair avec l’usage important du smartphone, plus des 2/3 de nos lecteurs arrivent par mobile.

Il est nécessaire de tester, de mesurer nos résultats et de s’adapter; de toujours voir vers où va notre audience pour s’informer afin qu’elle nous trouve là où elle est.

Sur Snapchat: newsmonkeyFR


Obsweb, une couverture 100% mobile

À l’occasion de la conférence Obsweb, dédiée aux stratégies mobiles dans les rédactions, j’ai mis en place une couverture « mobile first » avec trois étudiants volontaires du Master journalisme et médias numériques de Metz. Armés d’un smartphone ou d’une tablette, ils ont expérimenté les joies et les limites de l’exercice à travers Periscope, Twitter, Instagram et Snapchat. Un mot d’ordre: ne pas reproduire les formats classiques.

Depuis plusieurs années, les Entretiens du webjournalisme et le Master journalisme et médias numériques de Metz font office de grand terrain de jeu et d’expérimentation. Nathalie Pignard-Cheynel et Arnaud Mercier m’ont très tôt ouvert la porte pour mettre en œuvre les techniques du journalisme mobile.

Cette année, à deux reprises, j’ai travaillé avec les étudiants sur les formats offerts par la combinaison smartphone/réseaux sociaux. Après deux jours de formation, nous avons pu tester grandeur nature un dispositif « mobile first », lors des Entretiens du webjournalisme dont le thème était «Infos et supports mobiles».

Les objectifs

  • Trouver des formats dynamiques et interagir différemment avec l’audience
  • Etre présent et informer uniquement via les réseaux
  • Autonomie et mobilité

Autre objectif en ligne de mire, réutiliser la production live pour créer des contenus pérennes. Cette démarche permet de faire coup double: une présence en direct et une exploitation des productions dans un article de synthèse, par exemple.

Les formats

  • La « self’interview« : une perche à selfie et un micro. Le journaliste est dans le cadre. Format court.
  • La story Snapchat: informer par fragments visuels ou textuels.
  • Periscope: donner rendez-vous aux mobinautes, les engager grâce au « live » ET récupérer le tout pour le poster ensuite sur YouTube.
  • Un micro-trottoir
  • Des tweets enrichis (vidéos, citations…) et des posts sur Instagram.

Les enseignements

Avant de laisser la parole aux trois étudiants, voici ce que j’ai retenu :

  • Un rendu meilleur qu’espéré via Snapchat.
  • Une audience engagée et finalement relativement nombreuse (jusqu’à 241 vues par snap) pour un compte créé la veille et sur une thématique pointue.
  • La nécessité de construire son audience en amont.
  • Un super boulot des trois étudiants qui ont mis les mains dans le cambouis et se sont lancés sans filet.
  • Beaucoup de paramètres techniques nouveaux. Ceci implique de définir précisément les objectifs, le timing et la répartition des tâches.
  • Un résultat convaincant, une vraie autonomie de la couverture. Mais un relais insuffisant sur le site dédié à la conférence!

Le point de vue des étudiants

Thomas Toussaint

Thomas-ToussaintL’expérience MoJo (mobile journalism) s’est avérée très positive pour moi. L’expérimentation sur Snapchat était très intéressante, car c’est un canal encore peu exploité par les médias. On était vraiment dans un processus d’innovation. J’ai été agréablement surpris de voir qu’on était assez suivi sur Snapchat, plus de 60 personnes sur une journée. D’ailleurs, l’interaction était assez forte et les internautes réactifs.

L’utilisation des iPads est très agréable et tout à fait adaptée pour cette situation, d’ailleurs les images tournées avec la tablette sont de très bonne qualité. Notre mobilité globale était aussi appréciable, on pouvait se déplacer, multiplier les plans, facilement et avec un matériel léger. On note toujours plus l’importance de la préparation pour ce genre d’événements, le brief effectué la veille était vraiment indispensable et a grandement facilité le travail, cela s’en ressent sur notre production finale.

Marie Lorentz

Marie-LorentzJ’ai davantage apprécié de travailler avec les iPad/smartphones que la première fois en atelier. J’ai pris conscience de l’intérêt de ses outils pour couvrir certains événements. Mais pour moi, ce matériel serait plus un complément aux autres caméras. La qualité n’est pas optimale (excepté peut-être pour le dernier iPhone), mais je ne pense pas que, pour l’instant, les télévisons délaisse les caméras pour des smartphones… Le matériel est léger, mais pas toujours pratique.

Je ne regrette pas d’avoir retenté l’expérience, ça me permet de connaître ces nouveaux outils et d’en parler dans les rédactions! J’ai appris d’autres moyens de couvrir des événements, et j’ai vraiment apprécié. Je pense d’ailleurs réutiliser ces applications pour communiquer directement les événements que je couvre sur les réseaux sociaux.

Kim Minet

Kim-MinetL’expérimentation a été pour moi très excitante et stressante, mais très enrichissante. Cela me donne une bonne idée des possibilités qu’offrent les supports mobiles. Les outils utilisés pour ma part étaient Instagram, Snapchat, la vidéo de mon iPhone, Periscope et un logiciel de vidéo sur l’iPad. Rien que je n’avais pas déjà utilisé, si ce n’est Periscope.

Les points positifs: le Mojo est pratique parce qu’on utilise des appareils relativement petits et légers. La prise en main des outils est simple et la diffusion des contenus produits est très rapide. J’ai apprécié de découvrir les opportunités journalistiques à portée de main, avec un mobile.

Les points négatifs: travailler en Mojo, c’est travailler en étant ultra-connecté et c’est un peu fatigant, mais en même temps, c’est la grande tendance du journalisme, alors je ne suis pas sûre que cela soit une excuse valable ;). La qualité et la limite de stockage des téléphones peuvent peut-être être une contrainte aussi. Enfin, le Mojo reste, pour moi, davantage adapté aux formats courts.

 

Vous avez repéré d’autres expérimentations « mobile first » intéressantes? Vous pouvez les signaler dans les commentaires.

Si vous souhaitez en savoir plus sur le « journalisme mobile », voici deux articles:

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