Guillaume Meurice, profession comique d’investigation

Guillaume Meurice

Il fait du reportage et des interviews, micro en main. Il harcèle les « gens » jusqu’à obtenir « ce qu’ils pensent réellement ». Il gratte sous le vernis de la com’ en contournant les interlocuteurs omniprésents et traditionnels. Puis mixte le tout, à l’aide d’une rhétorique sournoise et d’une mauvaise foi assumée, dans une chronique quotidienne sur France Inter.

Non, Guillaume Meurice n’est pas journaliste, c’est un bouffon. Au sens noble du terme, bien sûr, un comédien qui nous tend un miroir, hein ?! Mi-potache, mi-sérieux, il entretient l’ambiguïté grâce à une attitude nonchalante mais très efficace. Sa base arrière? Si tu écoutes, j’annule tout, l’émission de Charline Vanhoenacker, à 17h, tous les jours sur France Inter. Charline, « journaliste qui fait des blagues », une Belge en goguette à Paris chargée d’apporter un peu d’insolence et de fraîcheur à la matinale d’Inter.

Charline Vanhoenacker, Guillaume Meurice ou encore Sofia Aram, la même veine d’un comique d’actualité qui gratte et qui pique. On aime ou on n’aime pas, mais avouons que leurs chroniques font sortir les auditeurs de leur torpeur.

Guillaume Meurice France Inter

La « crédébilité »

Mais revenons à Guillaume Meurice. Il fait partie de cette nouvelle génération issue d’une mutation de « l’infotainment » et dont le spectre ne cesse de s’élargir, la chronique pour porte-voix. Point commun: tourner en dérision l’actualité en parodiant le système médiatique (à moins que ce ne soit l’inverse). Les ambassadeurs? Yann Barthès, Pablo Mira, Eric et Quentin, Cyril Eldin, Gaspard Proust, Pierre-Emmanuel Barré, Alison Wheeler (face à Robert Ménard) ou encore Martin Weill.

L’insolence est un point de départ intéressant, mais à l’arrivée cette génération Canal reste majoritairement dans le divertissement et contribue à la politique spectacle qu’ils dénoncent. Difficile de critiquer le système qui nous nourrit.

Les fausses promesses du Petit Journal en sont les meilleurs exemples. L’émission n’aura pas résisté longtemps. Elle est devenue aussi systématique et caricaturale que le système médiatique qu’elle dénonçait à ses débuts.

Nous sommes loin du Last Week Tonight d’un John Oliver, qui sous couvert de divertissement fait du journalisme de décryptage. Il embroche les sujets d’actualités avec une rigueur et une acuité qui devrait faire réfléchir plus d’un chroniqueur. A côté, le sujet réalisé par Martin Weill, lors de la tournée de François Hollande aux Antilles, qui part sans aucun doute d’une bonne intention, brille par la faible densité de l’information rapportée. Seule la mise en scène diffère du traitement des autres médias, mais côté richesse du contenu, on repassera.

Dommage, car une mise en scène dynamique et un ton renouvelé font sans doute partie des ingrédients pour instaurer une nouvelle relation avec l’audience.

L’interview du « reporter stagiaire »

Guillaume_Meurice_TF1Guillaume Meurice, lui, suit sa voie, singulier dans son approche, ses angles et le miroir qu’il tend aux journalistes. Du haut de son statut de « reporter stagiaire », il fait le pitre et en profite pour poser, régulièrement, les questions qui fâchent et démonter les discours, toujours sans avoir l’air d’y toucher. Faut-il en rire? L’accuser de cynisme? Ou y voir une nouvelle stratégie pour intéresser l’audience? Pour ma part, son impertinence me fait rire et en plus, il joue avec les codes journalistiques, alors… Grâce à des chemins de traverse, il exhume une partie du réel étouffé par les réflexes conditionnés de la profession et par le corset des timings radio.

1. Sur France Inter on vous « lance » en tant qu’apprenti journaliste. Sur France Info, on vous invite pour commenter l’actualité et la politique dans l’émission Les Informés. A force, vous allez vous prendre pour un vrai journaliste…

Il faudrait d’abord s’entendre sur le terme « journaliste ». Ne faut-il pas se méfier d’un mot qui semble définir Jean-Pierre Pernaut, Edwy Plenel, Albert Londres et Jean-Marc Morandini ?

Pour être plus factuel, je n’ai pas de carte de presse et je n’en veux pas. Je veux conserver et assumer mon droit d’être totalement subjectif.

Est-ce que Jean-Pierre Pernaut est objectif ? C’est une autre question que je vous remercie de ne pas me l’avoir posée.

2. Votre « crédébilité », vous la tenez de votre passage au cours Florent ou d’une vocation contrariée pour le journalisme ?

(J’aime beaucoup le néologisme !)

Ni l’un ni l’autre. Je pense que je la tiens, d’une part, de mes parents pour ce qui est du goût du débat et de l’intérêt pour l’actualité. Et d’autre part d’une enfance et d’une adolescence passées à remettre en cause l’autorité.

Je suis d’un naturel taquin. J’aime chercher la petite bête. Ce qui se traduit souvent chez mes proches par « Putain mais Guillaume, t’es chiant !! » (Oui, mes proches sont vulgaires).

3. … se faire passer pour un Monsieur Jourdain du journalisme, c’est ça le comique d’investigation ?

Alors… Si je réponds oui, cela insinuerait que je sais que je fais du journalisme. Donc que par définition, je ne suis plus Monsieur Jourdain.

Si je réponds non, il va falloir que je définisse autrement l’expression « comique d’investigation ». Ce que je suis incapable de faire.

Je suis piégé !! Il faut absolument que je fasse diversion !! Eh au fait ?! Tu sais ce qui a 2 pattes et qui saigne beaucoup ? …Un demi-chien. Voilà.

4. Le comique d’investigation, qu’est-ce que c’est ? Répondez à ma question !

(Ah merde le mec insiste. Je suis tombé sur plus relou que moi. Je plains ses proches. S’il en a encore.)

Bon, alors je vais vous parler de ma démarche. J’aime aller chercher les contractions, les faux-semblants, les tartufferies. J’aime le faire sur un mode humoristique pour amuser l’auditeur (et moi aussi au passage). J’aime la liberté que procure l’exercice (personne ne m’impose ni les thèmes, ni les questions, ni relit mes chroniques, ni écoute mes extraits avant diffusion).

Un jour, alors que je vendais des journaux pour payer mes cours de théâtre, mon patron de l’époque s’est énervé contre moi en me disant « C’est insupportable !! On dirait que pour vous le monde est un grand terrain de jeu !!! ». Il était ridicule parce qu’il était tout rouge et qu’il avait la bave aux lèvres. Mais je crois bien qu’il avait raison.

5. Dans vos reportages, avec votre air de faux naïf, vous posez des questions sans détour, souvent intéressantes, ou en tout cas pertinentes. Votre discussion avec Xavier Dor, un militant anti-IVG, en est un bon exemple… mais alors, vous faites du journalisme ?

En fait, pour montrer qu’un raisonnement est absurde, il suffit souvent de pousser sa logique. C’est souvent drôle et assez efficace.
Ex : Si pour un militant anti-IVG, une IVG est un meurtre, est-ce que se masturber est un demi-génocide ? (NDLR : ceci n’est ni une question pertinente, ni du journalisme, hein!)

J’aime aussi utiliser le syllogisme.

Ex : Un type au conseil de l’UMP me dit concernant les conférences rémunérées de Sarkozy : « Hollande est un gros nul parce que personne ne lui a jamais proposé de faire ça ». D’où ma question « Mais vous on vous l’a déjà proposé ? ». « Non » répond le type. CQFD.

Et cætera (et BIM ! Locution en latin ! Réponds à ça Najat !!)

6. Idem, lorsque vous court-circuitez la communication des partis politiques en contactant les fédérations locales, par exemple. Cette démarche aussi, c’est une démarche journalistique et une critique en creux du système médiatique…

Tout à fait. Vous avez tout compris. J’ai envie de vous faire un câlin.

Charline_Vanhoenacker7. Vous travaillez avec Charline Vanhoenacker qui se définit comme une « journaliste qui fait des blagues ». Son succès repose sur cette ambiguïté, sur le mélange des genres, entre humour, chronique et journalisme. C’est un nouveau genre comique qui émerge ou une nouvelle manière d’informer ?

Son succès repose surtout sur son incommensurable talent. N’oublions pas ça. (Et n’oublions pas que c’est ma patronne).

Je ne crois pas que nous informons au sens où nous ne révélons pas des choses. Mais nous donnons notre point de vue. Et notre façon de le donner, c’est l’humour. Peut-être qu’on aurait moins envie que Christophe Barbier s’étouffe avec son écharpe rouge s’il mettait des blagues dans ses éditos? Enfin… Ça dépend des blagues…

8. Vous passez votre temps à chercher la transgression, une douce transgression certes, mais pensez-vous que les journalistes traditionnels n’osent pas suffisamment, qu’ils sont trop conformistes ou qu’ils s’autocensurent inconsciemment ?

Je n’en connais pas assez pour être tout à fait péremptoire mais je pense que le problème est structurel. La course à l’audimat, aux scoops, les chaînes d’info en continu, les médias financés par la publicité et par de grands groupes industriels… J’en passe et des bien pires…

Alors, je ne pense pas qu’il faille incriminer le journaliste, mais plutôt son environnement qui n’est pas propice à l’exercice de son métier dans de bonnes conditions. Toutefois, il est possible d’y échapper (Mediapart, Le Canard Enchaîné, Charlie Hebdo…)

9. Même quand vous êtes plus cabot, vous utilisez votre « rhétorique joviale » pour démonter les ressorts de l’interview, ses limites, ses contradictions et sa mauvaise foi…

Je vous vois venir… Vous, vous voulez un deuxième câlin !!

10. Finalement, vous montrez qu’on peut faire dire n’importe quoi à n’importe qui et pour cela il suffit de tendre un micro estampillé du logo d’un média ?

Non, ça je ne le crois pas. Je ne cherche pas à faire dire « n’importe quoi » aux gens que j’interroge. J’essaye de leur faire dire ce qu’ils pensent réellement. Et parfois (souvent ?), c’est n’importe quoi.

encore

Lors de la tournée de Guillaume Meurice au Royaume-Uni

Vous en voulez encore?! Ok, ok. Questions subsidiaires :

La question bateau : De qui vous sentez-vous le plus proche : Cyril Eldin, Martin Weil ou Pablo Mira ?

J’aime beaucoup les 3 (réponse Michel Drucker sauf que moi, c’est sincère). Mais je ne me sens proche d’aucun. On a des formes de chroniques/reportages et des styles très différents.

La question de fainéant : Quelle question auriez-vous voulu que je vous pose ? Et votre réponse.

« Je trouve que vous êtes beau, fort, intelligent, et subtil. On vous le dit souvent ? » Ah non, mais ça me fait vraiment plaisir. Merci beaucoup.

La question de faux-cul : Celle qui vous aurait ou qui vous a agacé ?

« Est-ce que Jean-Pierre Pernaut est un journaliste ? » Ça ne m’aurait pas vraiment agacé mais j’aurais ri nerveusement.

> Découvrir la biographie wikipédiesque de Guillaume Meurice et son site Internet personnel 1.0 et ses chroniques :

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